Les racines métaphysiques et épistémologiques de la vertu d’indépendance

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Détail de l’illustration de couverture de The Virtue of Selfishness par Nick Gaetano

J’ai souligné à maintes reprises en ces lieux le fait que toutes les idées, dans la philosophie Objectiviste, étaient interconnectées, car il s’agit d’un système intégré. C’est un point sur lequel on ne saurait trop insister. Ainsi l’éthique Objectiviste a t-elle logiquement une racine dans la métaphysique et l’épistémologie Objectiviste. On peut démontrer, pour n’importe laquelle des sept vertus de cette philosophie, en quoi celle-ci dépend nécessairement des branches fondamentales de cette même philosophie. C’est ce que nous allons faire ici, et j’ai choisi pour exemple la vertu d’indépendance.

L’indépendance n’est évidemment pas une vertu louée exclusivement par l’Objectivisme. D’autres philosophies (pas toutes cependant, loin s’en faut) ont fait l’éloge de l’indépendance — d’esprit ou matérielle — bien avant Ayn Rand. Mais comme je l’ai dit à d’autres occasions, le caractère unique et inédit de la philosophie Objectiviste ne vient pas seulement du contenu en tant que tel mais de la manière dont les idées sont intégrées. Voyons justement un cas pratique, et demandez-vous si les autres philosophies qui ont fait l’éloge de l’indépendance, l’ont validé métaphysiquement et épistémologiquement de la même manière. (Demandez-vous quels étaient les fondements ultimes de leur défense de l’indépendance, s’il y en avait une.)

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À quoi tient le succès philosophique du déterminisme ?

determinism2Le sujet traité aujourd’hui sera l’élément crucial sur lequel, je le crois, tient en grande partie le succès du déterminisme philosophique. Ce qui fait que beaucoup de gens qui réfléchissent à cette question ont un problème avec le libre-arbitre.

Je m’empresse de préciser que le présent article n’a pas pour but de réfuter le déterminisme ni de prouver le libre-arbitre en exposant les arguments Objectivistes sur le sujet : il existe beaucoup de matériel là dessus que je fournirai plus bas. Ce blog, rappelons le, n’est pas autosuffisant, il n’a pas vocation à paraphraser ou à remplacer du contenu déjà existant, mais de proposer des éclairages complémentaires à ce qui existe. Je suppose donc que la théorie Objectiviste du libre-arbitre — qui est distincte des théories traditionnelles sur la question — est déjà connue, au moins dans les grandes lignes.

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Les données métaphysiques et l’œuvre de l’homme

Le présent article d’Ayn Rand, traduit par mes soins, a été publié à l’origine en mars 1973 dans The Ayn Rand Letter. Il fut intégré comme chapitre dans le recueil posthume Philosophy: Who Needs It. Le texte original en anglais est disponible à cette adresse.


« Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. »

PhilosophyWhoNeedsItCette remarquable déclaration est attribuée à un théologien avec lequel je suis en désaccord sur tous les points fondamentaux : Reinhold Niebuhr. Néanmoins — si l’on met de côté la forme de la prière, c’est-à-dire l’implication selon laquelle nos états psycho-émotionnels sont un don de Dieu — cette déclaration est profondément vraie, en tant que synthèse et directive : elle indique l’attitude mentale qu’un homme rationnel doit chercher à atteindre. La déclaration est belle dans son éloquente simplicité ; mais parvenir à atteindre une telle attitude implique les plus profonds enjeux métaphysiques et moraux de la philosophie.

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Les concepts axiomatiques

Le texte d’Ayn Rand qui suit, traduit par mes soins, fut publié à l’origine en 1966 dans The Objectivist et fut par la suite intégré en tant que chapitre — court mais dense — d’Introduction to Objectivist Epistemology, où Rand explique la nature des axiomes Objectivistes. Le texte original est disponible gratuitement ici.


IntroductionToObjectivistEpistemologyLes axiomes sont généralement considérés comme des propositions identifiant une vérité fondamentale et évidente par elle-même. Mais les propositions explicites en tant que telles ne sont pas des primats : elles sont faites de concepts. La base de la connaissance humaine — de tous les autres concepts, tous les axiomes, propositions et pensées — est faite de concepts axiomatiques.

Un concept axiomatique est l’identification d’un fait premier de la réalité qui ne peut être analysé, c’est-à-dire réduit à d’autres faits ou brisé en parties constituantes. Il est implicite dans tout fait et toute connaissance. C’est le donné fondamental, ce qui est directement perçu ou expérimenté, qui ne requiert ni preuve ni explication, mais sur lequel toute preuve ou explication repose.

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L’argument ontologique de l’existence de Dieu

L’argument ontologique est un célèbre argument de l’histoire de la philosophie, d’origine médiévale, cherchant à prouver l’existence de Dieu.

Anselme de Cantorbéry (1033-1109)

C’est Anselme de Cantorbéry, au onzième siècle, qui popularisa cet argument dans les premiers chapitres de son Proslogion en particulier les chapitres 2 et 3.

Cet argument est si simple et si sot que l’on se demande comment il a pu persister pendant des siècles, sinon à cause de la domination du christianisme en Occident. Le voici en substance :

  1. Dieu est ce qu’il y a de plus parfait.
  2. Quelque chose qui existe est plus parfait que quelque chose qui n’existe pas.
  3. Donc Dieu existe.
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Critique Objectiviste de Descartes

Descartes
René Descartes (1596-1650)

Lorsqu’on connaît mal l’Objectivisme mais que l’on veut en parler en évitant l’effort de l’étudier sérieusement, on cherche systématiquement, de façon très superficielle, à raccrocher cette philosophie à quelque chose de préalablement existant et déjà connu. Parmi les exemples de rapprochements que j’ai croisé, un classique est la philosophie de René Descartes. Un rapprochement ahurissant à plus d’un titre.

Dans un précédent article, j’ai déjà fait allusion rapidement aux différences fondamentales entre l’approche cartésienne et l’approche Objectiviste. Le présent article est un développement sur ce sujet : je vais ici exposer les principales critiques Objectivistes de la philosophie de Descartes. Afin de mieux appréhender ce qui va suivre, il est préférable d’avoir lu en guise d’introduction :

  • Mon article : « L’Objectivisme est-il une philosophie rationaliste ?« .
  • L’article de Nathaniel Branden sur « Le sophisme du vol de concept« . (Important car Descartes utilise ce sophisme systématiquement.)
  • Les chapitres « The arbitrary as neither true or false » et « Certainty as contextual » dans Objectivism: The Philosophy of Ayn Rand par Leonard Peikoff. (Ou bien éventuellement, à la place de « Certainty as contextual », la sixième partie du cours The Art of Thinking, intitulé « Certainty« .)

De façon plus générale, une certaine familiarité avec la philosophie Objectiviste est, sinon requise, du moins préférable car nous allons devoir nous référer à un certain nombre d’idées Objectivistes : Le sophisme du vol de concept (donc la nature hiérarchique de la connaissance par implication), la validité des sens, le statut de l’arbitraire, la charge de la preuve, la primauté de l’existence, le caractère contextuel de la certitude, le tabula rasa… J’ai néanmoins essayé, dans la mesure du possible, de faire en sorte que l’argumentation soit pour l’essentiel aussi compréhensible que possible pour quelqu’un qui ne connaît rien à l’Objectivisme.

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« Rien n’existe » : Gorgias ou la naissance de l’humour absurde

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Gorgias (480-375 av. J.-C.)

L’axiome d’existence, premier axiome de la philosophie Objectiviste, qui avait été formulé pour la première fois dans la Grèce Antique par Parménide, n’a jamais vraiment été explicitement ou ouvertement nié par la plupart des philosophes dans l’histoire. Il y a cependant une exception notable : Gorgias, le présocratique, père du scepticisme, celui à cause de qui le mot « sophiste » est devenu péjoratif, ancêtre de tous ceux qui pour qui l’esprit de contradiction est un pur jeu. En réponse à Parménide, il défend sérieusement dans De la nature ou Traité sur le non-être l’idée que rien n’existe.

La méthode de Gorgias consiste à examiner une par une, sur un mode rationaliste, toutes les possibilités logiques qui pourraient valider l’existence, et les éliminer les unes après les autres en tentant de montrer qu’elles aboutissent toutes à une contradiction. Voici, en résumé, son argumentation.

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L’Objectivisme est-il une philosophie matérialiste ?

Pour le profane, la philosophie d’Ayn Rand est surtout connue pour ses positions politique et éthique, tandis que les théories métaphysiques, épistémologiques et esthétiques de l’Objectivisme sont assez mal connues, mis à part son athéisme.

Dans la série des méprises communes relevant d’une connaissance superficielle de l’Objectivisme, l’un des classiques que j’ai entendu parfois, y compris par des gens qui disent avoir de la considération pour cette philosophie, est que l’Objectivisme serait une philosophie matérialiste, au sens bien sûr du matérialisme philosophique.

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