L’objectivité des valeurs

L’un des aspects à la fois les plus basiques et les plus mal compris de l’Objectivisme est l’objectivité des valeurs. Un certain nombre d’articles de ce blog témoignent de cette incompréhension : à maintes reprises j’ai dû rappeler, face à des erreurs d’interprétations, ce fait simple que dans la philosophie d’Ayn Rand — qui s’appelle Objectivisme — les valeurs sont objectives.

Cette incompréhension peut s’expliquer, non seulement par la prédominance du subjectivisme, qui est souvent pris pour acquis, mais aussi par le fait que l’individualisme et l’égoïsme (aspects caractéristiques de la pensée d’Ayn Rand) sont, dans l’esprit de beaucoup de gens, inextricablement liés au subjectivisme ; de sorte qu’une pensée individualiste devrait logiquement être subjectiviste, pense t-on. Quant à ceux qui savent vaguement que l’Objectivisme défend l’objectivité des valeurs, ils tombent souvent dans un autre travers, en confondant objectif et intrinsèque.

Il ne sera donc probablement pas inutile de faire quelques rappels élémentaires sur cet aspect de l’Objectivisme, afin que je puisse renvoyer à cet article en cas de future méprise.

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Perspective Objectiviste sur le conflit israélo-palestinien

Ce blog a essentiellement pour but d’éclairer des aspects de la philosophie Objectiviste et non de commenter des questions d’actualité. Toutefois, une actualité particulière peut parfois aussi nous servir à comprendre des aspects de la philosophie d’Ayn Rand. Ces derniers mois, le conflit israélo-palestinien est revenu sur le devant de la scène. Sur ce sujet, la position des Objectivistes est communément ce que l’on peut appeler « pro-Israël ». (Ayn Rand elle-même s’est exprimée sur le sujet à quelques reprises, on trouvera les références plus bas.) Mais la raison de cette position et la manière dont elle est défendue est singulière et peut nous amener à cerner certains principes Objectivistes.

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Le sophisme de Greenspan

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Alan Greenspan

Lorsque la presse — ou un livre — parle d’Ayn Rand à charge, l’un des arguments que l’on retrouve régulièrement à son encontre est ce que j’appellerai « le sophisme de Greenspan ».

Celui-ci est très simple. Comme à l’accoutumé, il ne parle même pas des idées Objectivistes. Il se présente comme suit :

  • Alan Greenspan a été un disciple d’Ayn Rand dans sa jeunesse
  • il a aussi été à la tête de la Réserve fédérale (la Fed)
  • la Fed est en partie responsable de la crise financière de 2008
  • donc la philosophie d’Ayn Rand est discréditée.

L’une des caractéristiques de ce sophisme est qu’il est toujours utilisé par des gens qui ne connaissent absolument rien à la philosophie d’Ayn Rand. À une seule exception près : Alan Greenspan lui-même, qui est l’initiateur du sophisme.

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Un nouveau livre sur la philosophie politique Objectiviste

Foundations_of_free_societyLa semaine dernière, le blog New Ideal (blog officiel du Ayn Rand Institute) a annoncé la sortie le 5 mars 2019 d’un nouveau livre sur la philosophie politique Objectiviste : Foundations of a Free Society: Reflections on Ayn Rand’s Political Philosophy, ouvrage collectif édité par Gregory Salmieri et Robert Mayhew.

Sans l’avoir lu, je suis dores et déjà assez optimiste sur cet ouvrage, car il est le troisième volet d’une collection de livres qui avaient déjà traités (de façon non-exhaustive) d’autres aspects de l’Objectivisme : l’épistémologie avec Concepts and Their Role in Knowledge: Reflections on Objectivist Epistemology ; et l’éthique avec Metaethics, Egoism, and Virtue: Studies in Ayn Rand’s Normative Theory ; or ces deux ouvrages avaient une approche assez approfondie dans chacun des domaines respectifs, réunissant des universitaires et d’authentiques spécialistes de la philosophie Objectiviste, pour un traitement de type académique. Les deux livres susmentionnés sont tout deux dans la bibliographie conseillée. Précisons qu’il ne s’agit pas de livres pour débutants, ce sont plutôt des ouvrages d’approfondissements académiques qui nécessitent souvent une connaissance générale préalable des idées dont il est question.

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Qu’est-ce que le capitalisme ?

Le présent article, traduit par mes soins, est un texte d’Ayn Rand publié à l’origine dans The Objectivist Newsletter en 1965, qui fut ensuite incorporé comme premier chapitre de l’ouvrage Capitalism: The Unknown Ideal. Il s’agit d’un texte Objectiviste crucial traduit pour la première fois en français. Le texte original en anglais est disponible à cette adresse.


CapitalismUnknowIdeal_ombreLa désintégration de la philosophie au dix-neuvième siècle et son effondrement au vingtième a conduit a un processus analogue, bien que plus lent et moins évident, dans le cours de la science moderne.

Le développement frénétique actuel dans le domaine de la technologie a une qualité qui rappelle les jours précédents le crash économique de 1929 : surfant sur les monuments du passé, sur les vestiges non reconnues d’une épistémologie aristotélicienne, c’est une expansion agitée, fiévreuse, ne tenant pas compte du fait que son explication théorique est dépassée depuis longtemps — que dans le domaine de la théorique scientifique, incapable d’intégrer ou d’interpréter leurs propres données, les scientifiques encouragent la résurgence d’un mysticisme primitif. Toutefois, dans les humanités, le crash est passé, la dépression s’est installée, et l’effondrement de la science est pratiquement achevé.

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Sauvagerie, droits et universaux.

1733061546_779807af8bIl y a quelques semaines, un jeune américain de 27 ans a voulu se rendre sur l’île de North Sentinel, petite terre de 72 km² — officiellement sous administration Indienne qui en a interdit l’accès — dans l’océan Indien, dans le but de faire connaître le christianisme aux habitants de l’île, que l’on appelle les Sentinelles. Les Sentinelles ne connaissent pas la civilisation. Il s’agit d’une tribu primitive connue pour avoir toujours été extrêmement hostile à l’égard de tout contact avec l’extérieur, accueillant n’importe quel visiteur avec des flèches. Le jeune américain ne fit pas exception et se fit immédiatement tuer par les indigènes.

Sur les réseaux sociaux, certains, dans les cercles libéraux et libertariens, ont manifestement vu dans cet événement l’occasion d’un « cas d’école » : ils se sont posés des questions sur cette situation et sont arrivés à des conclusions souvent assez absurdes voire comiques, typique de la confusion conceptuelle qui règne parmi les libertariens et que j’ai évoqué à maintes reprises sur ce blog.

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Ayn Rand, seule théoricienne conséquente de la liberté ?

Une question intéressante, faisant écho à mon article « Les ravages de la désintégration intellectuelle » m’a été posée hier :

Mais ce travail intellectuel de logique – de prémisses à conclusions – concernant la liberté a été fait correctement par combien de personnes dans l’histoire de l’humanité selon Rand ? Je veux dire à part elle-même et ses héritiers objectivistes ?
Du coup, tous ceux qui n’ont pas volé ou massacré leur voisin sans avoir eu connaissance de la philosophie objectiviste l’ont-ils faits pour de mauvaises raisons ? Pour des motifs irrationnels ?

La réponse la plus courte à la première question serait : selon elle, zéro. En effet, si elle estimait qu’il y avait déjà une philosophie intégralement rationnelle, cohérente et logique (qui défend la liberté…ou autre chose : la liberté n’est pas une question isolée, aucune question ne l’est, et la raison et la logique viennent avant la liberté), en d’autres termes, une philosophie qu’elle estimerait être entièrement vraie, l’Objectivisme n’aurait alors aucune raison d’être. Mais ceci nécessite tout de même quelques précisions.

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Reisman, élève de Mises et Rand

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George Reisman (né en 1937)

George Reisman est un économiste, auteur de l’une des plus importantes somme sur le capitalisme intitulée Capitalism: A Treatise on Economics sortie en 1996, disponible gratuitement en ligne. Il fut l’élève de Ludwig von Mises, sous la direction duquel il a passé son doctorat d’économie, puis de Ayn Rand par la suite.

Dans la préface de son ouvrage, il raconte ses souvenirs, d’abord de Mises, puis de Rand. Ce qui suit est l’extrait, traduit par mes soins, où il raconte sa rencontre avec Ayn Rand. Replaçons le contexte : Avec quelques amis qui suivaient le séminaire de Ludwig von Mises, ils formaient un groupe informel appelé le « Cercle Bastiat », en référence à l’économiste français Frédéric Bastiat. Puis, un beau jour :


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Murray Rothbard (1926-1995)

Lors de l’un de nos rassemblements, à l’été 1954, plus de trois ans avant la publication de Atlas Shrugged, Murray Rothbard évoqua le nom d’Ayn Rand, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Il la décrivait comme une personne extrêmement intéressante et, lorsqu’il vit la curiosité de tout notre groupe, nous demanda si nous serions intéressés de la rencontrer. Tout le monde dans le groupe était très intéressé. Il organisa alors une réunion pour le deuxième samedi soir de juillet, à l’appartement d’Ayn Rand dans le centre de Manhattan.

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Le dilemme de Kingsman

Il y a quelques semaines, j’ai reçu une question d’un lecteur — n’hésitez pas à m’en envoyer, ça me permet d’identifier des malentendus et de rédiger des articles utiles — à propos d’un dilemme moral que lui avait inspiré un film de fiction : Kingsman : Le Cercle d’or, que je n’ai pas vu. Si vous aviez l’intention de le voir, sachez que ce qui suit comporte des spoilers. Au moins, vous, contrairement à moi, vous avez la chance d’être prévenu.

D’abord, mon interlocuteur m’a rapidement résumé l’intrigue du film :

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Bibliographie politico-économique très incomplète

À la fin de Capitalism: The Unknow Ideal, publié en 1966, Ayn Rand met à disposition du lecteur une bibliographie d’ouvrages conseillés sur les questions politico-économiques.

En plus de ses propres ouvrages, elle propose 25 auteurs – ou collectifs d’auteurs – et pas moins de 38 livres. Parmi ces 25 auteurs mentionnés, seuls six d’entre eux sont disponibles en français. Cinq seulement ont bénéficiés d’une traduction, Frédéric Bastiat étant déjà français.

Je reproduis ici la bibliographie des quelques auteurs disponibles dans la langue de Molière. La plupart ne sont accessibles que d’occasion ou lisibles uniquement sur Internet. Un avertissement important, cependant, indiqué dans l’ouvrage d’Ayn Rand :

Les auteurs suivants ne sont pas des représentants de l’Objectivisme, et ces recommandations ne doivent pas être comprises comme une approbation sans réserve de la totalité de leurs positions intellectuelles.

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