Qu’est-ce que le capitalisme ?

Le présent article, traduit par mes soins, est un texte d’Ayn Rand publié à l’origine dans The Objectivist Newsletter en 1965, qui fut ensuite incorporé comme premier chapitre de l’ouvrage Capitalism: The Unknown Ideal. Il s’agit d’un texte Objectiviste crucial traduit pour la première fois en français. Le texte original en anglais est disponible à cette adresse.


CapitalismUnknowIdeal_ombreLa désintégration de la philosophie au dix-neuvième siècle et son effondrement au vingtième a conduit a un processus analogue, bien que plus lent et moins évident, dans le cours de la science moderne.

Le développement frénétique actuel dans le domaine de la technologie a une qualité qui rappelle les jours précédents le crash économique de 1929 : surfant sur les monuments du passé, sur les vestiges non reconnues d’une épistémologie aristotélicienne, c’est une expansion agitée, fiévreuse, ne tenant pas compte du fait que son explication théorique est dépassée depuis longtemps — que dans le domaine de la théorique scientifique, incapable d’intégrer ou d’interpréter leurs propres données, les scientifiques encouragent la résurgence d’un mysticisme primitif. Toutefois, dans les humanités, le crash est passé, la dépression s’est installée, et l’effondrement de la science est pratiquement achevé.

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Sauvagerie, droits et universaux.

1733061546_779807af8bIl y a quelques semaines, un jeune américain de 27 ans a voulu se rendre sur l’île de North Sentinel, petite terre de 72 km² — officiellement sous administration Indienne qui en a interdit l’accès — dans l’océan Indien, dans le but de faire connaître le christianisme aux habitants de l’île, que l’on appelle les Sentinelles. Les Sentinelles ne connaissent pas la civilisation. Il s’agit d’une tribu primitive connue pour avoir toujours été extrêmement hostile à l’égard de tout contact avec l’extérieur, accueillant n’importe quel visiteur avec des flèches. Le jeune américain ne fit pas exception et se fit immédiatement tuer par les indigènes.

Sur les réseaux sociaux, certains, dans les cercles libéraux et libertariens, ont manifestement vu dans cet événement l’occasion d’un « cas d’école » : ils se sont posés des questions sur cette situation et sont arrivés à des conclusions souvent assez absurdes voire comiques, typique de la confusion conceptuelle qui règne parmi les libertariens et que j’ai évoqué à maintes reprises sur ce blog.

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Ayn Rand, seule théoricienne conséquente de la liberté ?

Une question intéressante, faisant écho à mon article « Les ravages de la désintégration intellectuelle » m’a été posée hier :

Mais ce travail intellectuel de logique – de prémisses à conclusions – concernant la liberté a été fait correctement par combien de personnes dans l’histoire de l’humanité selon Rand ? Je veux dire à part elle-même et ses héritiers objectivistes ?
Du coup, tous ceux qui n’ont pas volé ou massacré leur voisin sans avoir eu connaissance de la philosophie objectiviste l’ont-ils faits pour de mauvaises raisons ? Pour des motifs irrationnels ?

La réponse la plus courte à la première question serait : selon elle, zéro. En effet, si elle estimait qu’il y avait déjà une philosophie intégralement rationnelle, cohérente et logique (qui défend la liberté…ou autre chose : la liberté n’est pas une question isolée, aucune question ne l’est, et la raison et la logique viennent avant la liberté), en d’autres termes, une philosophie qu’elle estimerait être entièrement vraie, l’Objectivisme n’aurait alors aucune raison d’être. Mais ceci nécessite tout de même quelques précisions.

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Le dilemme de Kingsman

Il y a quelques semaines, j’ai reçu une question d’un lecteur — n’hésitez pas à m’en envoyer, ça me permet d’identifier des malentendus et de rédiger des articles utiles — à propos d’un dilemme moral que lui avait inspiré un film de fiction : Kingsman : Le Cercle d’or, que je n’ai pas vu. Si vous aviez l’intention de le voir, sachez que ce qui suit comporte des spoilers. Au moins, vous, contrairement à moi, vous avez la chance d’être prévenu.

D’abord, mon interlocuteur m’a rapidement résumé l’intrigue du film :

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Objectivisme et Droit naturel

En philosophie du droit, on oppose généralement deux écoles : L’école dite jusnaturaliste et l’école dite du positivisme juridique.

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Hugo Grotius

Le jusnaturalisme défend l’idée du droit naturel : le droit découle de la nature humaine et/ou de la nature de l’existence, que la loi est censée faire respecter si elle veut être juste. On considère généralement Aristote et Thomas d’Aquin comme les principaux initiateurs de cette approche. Plus tard, le droit naturel fut défendu par une longue lignée de penseurs à travers les siècles : Hugo Grotius, Samuel von Pufendorf, John Locke, les physiocrates, et bien d’autres.

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Hans Kelsen

Le positivisme juridique est simplement le contraire. Il consiste à nier l’existence d’un droit naturel. D’après cette approche, le droit est ce que les être humains décident qu’il est. En somme, il n’est que pure convention. N’étant que l’application au droit de la philosophie positiviste apparue au dix-neuvième siècle, la théorisation explicite du positivisme juridique est beaucoup plus récente que celle du jusnaturalisme. Son représentant le plus connu est Hans Kelsen.

La question essentielle ici est donc : Le juste et l’injuste sont-ils des notions arbitraires, subjectives ?

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