Introduction à l’Objectivisme

Ce qui suit est la transcription, traduite par mes soins, de la première d’une série d’émissions radio que donna Ayn Rand pour l’université de Columbia à partir de 1962. Dans cette première émission elle introduit brièvement quelques principes de la philosophie Objectiviste et clarifie certaines confusions.

Bonsoir Mesdames et Messieurs,

Portrait

Lorsqu’on me demande d’intervenir publiquement, la première requête que j’entends est la suivante : « Pourriez-vous nous dire brièvement ce qu’est l’Objectivisme ? ». Je commencerai donc cette série d’émissions en répondant à cette question.

J’ai écrit ma réponse la plus courte dans ma première chronique du Los Angeles Times de juin 1962. J’ai commencé à écrire une chronique hebdomadaire cet été et elle va désormais être relayée au niveau national. Le rédacteur en chef m’a demandé de commencer par faire un bref résumé de ma philosophie, pour servir de base ou cadre de référence de mes chroniques futures. J’ai été aussi brève que possible. J’ai fourni un résumé, mais également son rapport avec le monde moderne. La meilleure manière de vous introduire à l’Objectivisme est de citer cette chronique. Voici ce que j’ai écrit :

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Note introductive à L’Homme qui rit de Victor Hugo

Le court texte d’Ayn Rand qui suit, intitulé An Introductory Note to The Man Who Laughs, traduit en français par mes soins (sauf le passage de L’homme qui rit cité au début  où j’ai naturellement repris le texte original de Hugo), fut publié en décembre 1967 dans le sixième volume de The Objectivist, numéro 12. Il servit également de préface à une édition en anglais de ce roman, édité à l’époque par les presses du Nathaniel Branden Institute, reprenant, me semble t-il, la traduction de Joseph L. Blamire.


L-homme-qui-ritDans cette éclipse on entendit le docteur qui disait :
― Prions.
Tous se mirent à genoux.
Ce n’était déjà plus dans la neige, c’était dans l’eau qu’ils s’agenouillaient.
Ils n’avaient plus que quelques minutes.
Le docteur seul était resté debout. Les flocons de neige, en s’arrêtant sur lui, l’étoilaient de larmes blanches, et le faisaient visible sur ce fond d’obscurité. On eût dit la statue parlante des ténèbres.
Le docteur fit un signe de croix, et éleva la voix pendant que sous ses pieds commençait cette oscillation presque indistincte qui annonce l’instant où une épave va plonger. Il dit :
― Pater noster qui es in cœlis.
Le provençal répéta en français :
― Notre père qui êtes aux cieux.
(…)
― Sicut in cœlo, et in terra, dit le docteur.
Aucune voix ne lui répondit.
Il baissa les yeux. Toutes les têtes étaient sous l’eau. Pas un ne s’était levé. Ils s’étaient laissé noyer à genoux.
Le docteur prit dans sa main droite la gourde qu’il avait déposée sur le capot, et l’éleva au-dessus de sa tête.
L’épave coulait.
Tout en enfonçant, le docteur murmurait le reste de la prière.
Son buste fut hors de l’eau un moment, puis sa tête, puis il n’y eut plus que son bras tenant la gourde, comme s’il la montrait à l’infini.
Ce bras disparut. La profonde mer n’eut pas plus de pli qu’une tonne d’huile. La neige continuait de tomber.
Quelque chose surnagea, et s’en alla sur le flot dans l’ombre. C’était la gourde goudronnée que son enveloppe d’osier soutenait.

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Les données métaphysiques et l’œuvre de l’homme

Le présent article d’Ayn Rand, traduit par mes soins, a été publié à l’origine en mars 1973 dans The Ayn Rand Letter. Il fut intégré comme chapitre dans le recueil posthume Philosophy: Who Needs It. Le texte original en anglais est disponible à cette adresse.


« Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence. »

PhilosophyWhoNeedsItCette remarquable déclaration est attribuée à un théologien avec lequel je suis en désaccord sur tous les points fondamentaux : Reinhold Niebuhr. Néanmoins — si l’on met de côté la forme de la prière, c’est-à-dire l’implication selon laquelle nos états psycho-émotionnels sont un don de Dieu — cette déclaration est profondément vraie, en tant que synthèse et directive : elle indique l’attitude mentale qu’un homme rationnel doit chercher à atteindre. La déclaration est belle dans son éloquente simplicité ; mais parvenir à atteindre une telle attitude implique les plus profonds enjeux métaphysiques et moraux de la philosophie.

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Qu’est-ce que le capitalisme ?

Le présent article, traduit par mes soins, est un texte d’Ayn Rand publié à l’origine dans The Objectivist Newsletter en 1965, qui fut ensuite incorporé comme premier chapitre de l’ouvrage Capitalism: The Unknown Ideal. Il s’agit d’un texte Objectiviste crucial traduit pour la première fois en français. Le texte original en anglais est disponible à cette adresse.


CapitalismUnknowIdeal_ombreLa désintégration de la philosophie au dix-neuvième siècle et son effondrement au vingtième a conduit a un processus analogue, bien que plus lent et moins évident, dans le cours de la science moderne.

Le développement frénétique actuel dans le domaine de la technologie a une qualité qui rappelle les jours précédents le crash économique de 1929 : surfant sur les monuments du passé, sur les vestiges non reconnues d’une épistémologie aristotélicienne, c’est une expansion agitée, fiévreuse, ne tenant pas compte du fait que son explication théorique est dépassée depuis longtemps — que dans le domaine de la théorique scientifique, incapable d’intégrer ou d’interpréter leurs propres données, les scientifiques encouragent la résurgence d’un mysticisme primitif. Toutefois, dans les humanités, le crash est passé, la dépression s’est installée, et l’effondrement de la science est pratiquement achevé.

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Les concepts axiomatiques

Le texte d’Ayn Rand qui suit, traduit par mes soins, fut publié à l’origine en 1966 dans The Objectivist et fut par la suite intégré en tant que chapitre — court mais dense — d’Introduction to Objectivist Epistemology, où Rand explique la nature des axiomes Objectivistes. Le texte original est disponible gratuitement ici.


IntroductionToObjectivistEpistemologyLes axiomes sont généralement considérés comme des propositions identifiant une vérité fondamentale et évidente par elle-même. Mais les propositions explicites en tant que telles ne sont pas des primats : elles sont faites de concepts. La base de la connaissance humaine — de tous les autres concepts, tous les axiomes, propositions et pensées — est faite de concepts axiomatiques.

Un concept axiomatique est l’identification d’un fait premier de la réalité qui ne peut être analysé, c’est-à-dire réduit à d’autres faits ou brisé en parties constituantes. Il est implicite dans tout fait et toute connaissance. C’est le donné fondamental, ce qui est directement perçu ou expérimenté, qui ne requiert ni preuve ni explication, mais sur lequel toute preuve ou explication repose.

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Le but des écrits d’Ayn Rand

Le présent billet est un texte d’Ayn Rand traduit par mes soins, publié à l’origine en 1963 dans The Objectivist Newsletter sous le titre « The Goal of my Writings » (« Le but de mes écrits ») et qui fut republié en tant que court chapitre dans le livre The Romantic Manifesto.


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Ayn Rand (1905-1982)

La motivation et le but de mes écrits est la projection d’un homme idéal. La représentation d’un idéal moral, comme ultime but littéraire, comme fin en soi — pour laquelle toute valeur didactique, intellectuelle ou philosophique contenues dans un roman ne sont que les moyens.

Permettez-moi de le souligner : mon but n’est pas d’éclairer philosophiquement mes lecteurs, mon but n’est pas l’influence bénéfique que mes romans peuvent avoir sur les gens, n’est pas le fait que mes romans peuvent aider au développement intellectuel d’un lecteur. Tout ceci est important, mais ce sont des considérations secondaires, ce ne sont que des conséquences et des effets, non des causes premières ou des moteurs premiers. Mon but, ma cause première et mon moteur premier est la représentation d’Howard Roark ou de John Galt ou d’Hank Rearden ou de Francisco d’Anconia en tant que fin en soi — et non en tant que moyen envers n’importe quelle fin ultérieure. Ce qui est incidemment la plus grande valeur que je puisse jamais offrir à un lecteur.

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Interview d’Ayn Rand pour Playboy

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Playboy, mars 1964

Ci-dessous, une longue interview d’Ayn Rand donnée au magazine Playboy, en mars 1964, que le site officiel du magazine a remis en ligne en 2015, traduite par mes soins. Aux ignorants qui pensent que Playboy est un « simple » magazine de fesses, sachez que l’édition américaine de cette revue est également célèbre pour ses grandes interviews des personnalités les plus marquantes de leur époque (Martin Luther King, Vladimir Nabokov, Jean-Paul Sartre, Stanley Kubrick, Bertrand Russell, Miles Davis, Franck Sinatra, Salvador Dali, etc, etc.) L’interview était conduite par le futurologue Alvin Toffler (1928-2016).

Avertissement : Cette interview contient quelques spoilers de certains romans d’Ayn Rand tel que La Grève !


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La vision évolutive d’Ayn Rand sur Nietzsche

L’article qui suit, traduit par mes soins, a été rédigé par Lester H. Hunt (portrait ci-contre), professeur émérite de philosophie à l’université de Wisconsin-Madison et été publié en tant que chapitre dans A Companion to Ayn Rand, sorti en 2016. L’article original en anglais est disponible sur le site personnel de l’auteur. Hunt a beaucoup écrit, à la fois sur Nietzsche, et sur Ayn Rand.

— Ayn Rand, répondant à un questionnaire, vers 1935.

— Lettre d’Isabel Paterson à Ayn Rand, 1943.

— Ayn Rand, Interview radiophonique, 1964.


Friedrich Nietzsche (1844-1900) est sans doute le philosophe auquel Ayn Rand est le plus souvent associée dans les discussions courantes sur ses idées. La relation entre ses idées et celles de l’écrivain et penseur allemand font l’objet d’erreurs d’interprétations les plus folles. La tendance générale de ces erreurs est d’exagérer grandement la similarité entre les idées de ces deux penseurs. Néanmoins, il y a en quelque sorte des rapports entre eux, et ils sont intéressants.

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Le sophisme du vol de concept

Le présent article de Nathaniel Branden, traduit par mes soins, a été publié à l’origine dans The Objectivist Newsletter en janvier 1963. Il présente un sophisme (dont Ayn Rand parlait déjà dans Atlas Shrugged) qu’il est extrêmement important de bien comprendre, car c’est peut-être le sophisme le plus répandu de toute l’histoire de la philosophie et l’un des plus destructeurs, à savoir le « vol de concept », auquel j’ai déjà fait référence dans de précédents articles et auquel je continuerai à me référer dans de futurs articles. Ce sophisme, consistant à utiliser un concept tout en niant un autre concept qui rend pourtant le premier possible, est une négation de la logique et du caractère hiérarchique de la connaissance.

Nathaniel Branden (1930-2014)

La caractéristique distinctive de la philosophie du vingtième siècle est la résurgence de l’irrationalisme — une révolte contre la raison.

Aujourd’hui, dans les universités, les étudiants sont assaillis d’affirmations revenant à dire que la certitude sur les faits est impossible, ou que le contenu de l’esprit humain n’entretient aucun rapport nécessaire avec les faits de la réalité, ou bien que le concept de « faits de réalité » est une superstition obsolète, que la réalité n’est « qu’une simple apparence », que l’homme ne peut rien savoir. C’est avec ce genre de bagage intellectuel que leurs professeurs les arment pour faire face aux problèmes de la vie.

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Hemingway est-il un écrivain romantique ?

Le texte reproduit ci-dessous, traduit par mes soins, est la réponse d’Ayn Rand à la question : « Hemingway est-il un écrivain romantique ? » posée en 1969, lors d’un de ses cours sur l’écriture d’essais. Une connaissance minimale de la philosophie esthétique d’Ayn Rand est préférable pour mieux comprendre.


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Ernest Hemingway (1899-1961)

C’est apparemment ce qu’il croit, mais je ne considère pas qu’il en est un. C’est un naturaliste qui prend une posture de romantique. J’avais prévu au départ de l’inclure dans « Qu’est-ce que le romantisme ? », mais il n’est pas assez important. Selon les critères modernes, c’est un bon écrivain techniquement. Dans une perspective historique, il est de troisième rang. Il est très loin en dessous de Sinclair Lewis et John O’Hara.

Je dis que c’est un naturaliste qui prend une posture de romantique parce qu’il n’y a pas de projection de valeurs dans ses livres, et pas d’abstraction de valeurs dans ses personnages. En général, il n’est pas très bon pour la caractérisation. Il est meilleur pour les atmosphères — le point de vue de Hemingway : un byronisme vulgaire déguisé en termes américains. Sa vacuité est plus apparente chez ses imitateurs. Mais il peut au moins l’emporter avec un degré d’éloquence.

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