Le texte reproduit ci-dessous, traduit par mes soins, est un court chapitre de The Romantic Manifesto, rédigé par Ayn Rand en Novembre 1962.

Avant le dix-neuvième siècle, la littérature présentait l’homme comme un être impuissant dont la vie et les actions étaient déterminées par des forces indépendantes de sa volonté : soit par le destin et les dieux, comme dans les tragédies grecques, soit par une faiblesse innée, un « tragic flaw », comme dans les pièces de Shakespeare. Les écrivains considéraient l’homme comme métaphysiquement impuissant ; leur prémisse de base était le déterminisme. Sur cette prémisse, on ne pouvait guère projeter ce qui pourrait arriver aux hommes ; on ne pouvait qu’enregistrer ce qui s’était passé — et les chroniques étaient la forme littéraire appropriée de cet enregistrement.
L’homme en tant qu’être possédant la faculté de volition n’apparaît dans la littérature qu’au dix-neuvième siècle. Le roman était sa forme littéraire appropriée — et le Romantisme était le nouveau grand mouvement en art. Le Romantisme voyait l’homme comme un être capable de choisir ses valeurs, d’atteindre ses objectifs, de contrôler sa propre existence. Les écrivains romantiques n’ont pas enregistré les événements qui s’étaient produits, mais ont projeté les événements qui devraient arriver ; ils ne consignaient pas les choix que les hommes avaient faits, mais ils projetaient les choix que les hommes devraient faire.
Avec la résurgence du mysticisme et du collectivisme, à la fin du dix-neuvième siècle, la littérature Romantique et le mouvement Romantique disparurent progressivement de la scène culturelle.


Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’ils ressentaient, ces premiers hommes de la Renaissance, lorsque — émergeant du long cauchemar du Moyen Âge, n’ayant rien vu d’autre que des monstruosités difformes et des gargouilles de l’art médiéval comme uniques reflets de l’âme humaine — ils eurent un nouveau regard sur le monde, libre et sans obstruction, et ont redécouvert les statues des dieux grecs, oubliées sous des piles de décombres ? Si c’est le cas, cette expérience émotionnelle unique est la votre lorsque vous redécouvrez les romans de Victor Hugo.
Le titre de ce livre peut évoquer le genre de question que j’entends de temps à autre : « Pourquoi utilisez-vous le mot « égoïsme » pour désigner les qualités vertueuses de caractère, alors que ce mot contrarie tant de gens pour qui cela ne veut pas dire la même chose que vous ? »