Le vide esthétique de notre époque

Le texte reproduit ci-dessous, traduit par mes soins, est un court chapitre de The Romantic Manifesto, rédigé par Ayn Rand en Novembre 1962.


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« Hamlet » de Shakespeare

Avant le dix-neuvième siècle, la littérature présentait l’homme comme un être impuissant dont la vie et les actions étaient déterminées par des forces indépendantes de sa volonté : soit par le destin et les dieux, comme dans les tragédies grecques, soit par une faiblesse innée, un « tragic flaw », comme dans les pièces de Shakespeare. Les écrivains considéraient l’homme comme métaphysiquement impuissant ; leur prémisse de base était le déterminisme. Sur cette prémisse, on ne pouvait guère projeter ce qui pourrait arriver aux hommes ; on ne pouvait qu’enregistrer ce qui s’était passé — et les chroniques étaient la forme littéraire appropriée de cet enregistrement.

L’homme en tant qu’être possédant la faculté de volition n’apparaît dans la littérature qu’au dix-neuvième siècle. Le roman était sa forme littéraire appropriée — et le Romantisme était le nouveau grand mouvement en art. Le Romantisme voyait l’homme comme un être capable de choisir ses valeurs, d’atteindre ses objectifs, de contrôler sa propre existence. Les écrivains romantiques n’ont pas enregistré les événements qui s’étaient produits, mais ont projeté les événements qui devraient arriver ; ils ne consignaient pas les choix que les hommes avaient faits, mais ils projetaient les choix que les hommes devraient faire.

Avec la résurgence du mysticisme et du collectivisme, à la fin du dix-neuvième siècle, la littérature Romantique et le mouvement Romantique disparurent progressivement de la scène culturelle.

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Reisman, élève de Mises et Rand

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George Reisman (né en 1937)

George Reisman est un économiste, auteur de l’une des plus importantes somme sur le capitalisme intitulée Capitalism: A Treatise on Economics sortie en 1996, disponible gratuitement en ligne. Il fut l’élève de Ludwig von Mises, sous la direction duquel il a passé son doctorat d’économie, puis de Ayn Rand par la suite.

Dans la préface de son ouvrage, il raconte ses souvenirs, d’abord de Mises, puis de Rand. Ce qui suit est l’extrait, traduit par mes soins, où il raconte sa rencontre avec Ayn Rand. Replaçons le contexte : Avec quelques amis qui suivaient le séminaire de Ludwig von Mises, ils formaient un groupe informel appelé le « Cercle Bastiat », en référence à l’économiste français Frédéric Bastiat. Puis, un beau jour :


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Murray Rothbard (1926-1995)

Lors de l’un de nos rassemblements, à l’été 1954, plus de trois ans avant la publication de Atlas Shrugged, Murray Rothbard évoqua le nom d’Ayn Rand, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant. Il la décrivait comme une personne extrêmement intéressante et, lorsqu’il vit la curiosité de tout notre groupe, nous demanda si nous serions intéressés de la rencontrer. Tout le monde dans le groupe était très intéressé. Il organisa alors une réunion pour le deuxième samedi soir de juillet, à l’appartement d’Ayn Rand dans le centre de Manhattan.

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Interview : Ayn Rand et Mike Wallace

Voici la première apparition d’Ayn Rand à la télévision nationale, le 25 février 1959 pour l’émission Mike Wallace Interview.

Il y a une petite coquille dans les sous-titres. à partir de 18mn05, il est écrit : « Parce que ce n’est pas une question intellectuelle. », elle dit en réalité le contraire : « Parce que c’est une question intellectuelle. » (« Because it is an intellectual issue.« ) Mais il est vrai qu’on peut entendre le contraire (« isn’t« ).

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Laissez-nous faire !

Le texte ci-dessous est un article d’Ayn Rand, traduit par mes soins, publié dans le Los Angeles Times en 1962 et qui fut republié en tant que court chapitre dans Capitalism: The Unknown Ideal.


Comme la « croissance économique » est le grand problème d’aujourd’hui et que notre administration actuelle promet de la « stimuler » — d’atteindre la prospérité générale par des contrôles étatiques toujours plus importants, tout en dépensant une richesse non produite — je me demande combien de personnes connaissent l’origine du terme laissez-faire ?

La France, au dix-septième siècle, était une monarchie absolue. On a qualifié son système d' »absolutisme limité par le chaos ». Le roi avait un pouvoir total sur la vie, le travail et la propriété de tous — et seule la corruption des fonctionnaires donnait aux gens une marge de liberté non officielle.

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Préface de Quatrevingt-treize

Le texte d’Ayn Rand reproduit ci-dessous, traduit par mes soins, est une préface à une édition américaine de Quatrevingt-Treize de Victor Hugo, publiée en 1962. Cette préface fut par la suite intégrée, en version abrégée, en tant que court chapitre dans The Romantic Manifesto, son essai de philosophie esthétique. Il s’agit ci-dessous de la version abrégée.


Hugo93Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu’ils ressentaient, ces premiers hommes de la Renaissance, lorsque — émergeant du long cauchemar du Moyen Âge, n’ayant rien vu d’autre que des monstruosités difformes et des gargouilles de l’art médiéval comme uniques reflets de l’âme humaine — ils eurent un nouveau regard sur le monde, libre et sans obstruction, et ont redécouvert les statues des dieux grecs, oubliées sous des piles de décombres ? Si c’est le cas, cette expérience émotionnelle unique est la votre lorsque vous redécouvrez les romans de Victor Hugo.

La distance entre son monde et le nôtre est étonnamment courte — il mourut en 1885 — mais la distance entre son univers et le nôtre doit être mesurée en années-lumière esthétiques. Il est pratiquement inconnu du public américain en dehors de quelques vestiges vandalisés sur nos écrans de cinéma. On parle rarement de ses œuvres dans les cours littéraires de nos universités. Il est enterré sous les décombres esthétiques de notre temps — tandis que les gargouilles nous lorgnent à nouveau, non pas sur les flèches des cathédrales, mais sur les pages de romans informes, flous et sans grammaire, sur les drogués, les bons à rien, les tueurs, les alcooliques et les psychotiques. Il est aussi invisible pour les néo-barbares de notre temps que l’était l’art de Rome pour leurs ancêtres spirituels, et pour les mêmes raisons. Pourtant, Victor Hugo est le plus grand romancier de la littérature mondiale…

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Avant-propos à La Vertu d’Égoïsme

Le texte d’Ayn Rand reproduit ci-dessous, traduit par mes soins, est l’avant-propos de son livre The Virtue of Selfishness. Il répond à la question souvent posée : Pourquoi employer le terme « égoïsme » ? Bien qu’étant d’une importance cruciale pour la compréhension de l’éthique Objectiviste, ce texte n’a pas été inclut dans l’édition française des Belles Lettres, qui, rappelons le, ne présente que quelques extraits du livre original. (7 chapitres sur 20)


VirtueSelfishness2Le titre de ce livre peut évoquer le genre de question que j’entends de temps à autre : « Pourquoi utilisez-vous le mot « égoïsme » pour désigner les qualités vertueuses de caractère, alors que ce mot contrarie tant de gens pour qui cela ne veut pas dire la même chose que vous ? »

À ceux qui me le demandent, ma réponse est : « Pour la raison pour laquelle vous en avez peur. »

Mais il est d’autres personnes qui ne poseraient pas cette question, sentant la lâcheté morale qu’elle implique, en étant pourtant incapables de formuler ma véritable raison ou d’identifier le profond enjeu moral qui est cause. C’est à eux que je vais donner une réponse plus explicite.

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