Depuis au moins la controverse entre Platon et les sophistes, l’histoire de la philosophie est truffée de fausses alternatives. En métaphysique, on nous donne le choix entre idéalisme et matérialisme ; en épistémologie, entre rationalisme ou empirisme ; etc.
En éthique, une alternative du même ordre nous propose de choisir entre morale déontologique ou morale conséquentialiste. Où se situe l’Objectivisme là dedans ?
Les morales déontologiques sont des morales du devoir, elles reposent sur des principes qu’il faut à tout prix respecter, quelles qu’en soient les conséquences. L’éthique de Kant est un exemple typique de morale déontologique. Toute approche déontologique repose nécessairement sur une théorie dite « intrinciste » de la valeur. Dans le premier chapitre de Capitalism: The Unknown Ideal, Ayn Rand écrit :
En essence, il y a trois écoles de pensée sur la nature du bien : l’intrinciste, la subjective et l’objective. La théorie intrinciste soutient que le bien est inhérent à certaines choses ou à certaines actions en tant que telles, indépendamment de leur contexte et de leurs conséquences, indépendamment de tout bénéfice ou préjudice qu’elles peuvent causer aux acteurs et aux sujets impliqués. C’est une théorie qui sépare le concept de « bien » des bénéficiaires, et le concept de « valeur » de celui qui évalue et du but — prétendant que le bien est bien pour lui-même, par lui-même et en lui-même.
(…)
Si un homme croit que le bien est intrinsèque à certaines actions, il n’hésitera pas à forcer les autres à les exécuter. S’il croit que le bienfait humain ou la blessure causée par de telles actions est sans importance, un bain de sang sera sans signification pour lui. S’il croit que les bénéficiaires de telles actions ne sont pas le sujet (ou sont interchangeables), il considérera le crime de masse comme son devoir moral au service d’un bien « supérieur ». C’est la théorie intrinciste des valeurs qui produit un Robespierre, un Lénine, un Staline ou un Hitler. Ce n’est pas un hasard si Eichmann était kantien.
Inutile d’insister, je pense que cette citation suffit à elle seule à montrer que l’Objectivisme ne peut se ranger sous la bannière des morales déontologiques.
Qu’en est-il du conséquentialisme ?
Le conséquentialisme consiste à prendre une ou des conséquence(s) données comme seule norme du bien. En d’autres termes, d’après cette approche de l’éthique, la morale ne réside pas dans l’action mais exclusivement dans les conséquences de l’action. La fin justifie les moyens.
L’éthique Objectiviste ne dit pas cela. Certes, elle traite de la causalité, donc prend totalement en compte les conséquences. Mais elle ne considère pas du tout les conséquences comme la seule norme du bien.
Pour savoir si l’éthique Objectiviste est conséquentialiste ou pas, la question cruciale n’est pas : Faut-il prendre en compte les conséquences dans une théorie morale ? (La réponse est oui, évidemment, sans quoi on retombe d’une manière ou d’une autre dans la théorie intrinciste de la valeur.) La question cruciale est : Où réside la moralité ? Dans l’action, dans les conséquences de l’action, les deux… ?
Revenons à la question fondamentale que pose Ayn Rand au début de son essai sur l’éthique Objectiviste : Pourquoi l’homme a t-il besoin d’un code moral ? Réponse : Pour guider son action. (Une morale impraticable ou qui ne sert pas à être pratiquée est une contradiction.) Et l’action, est toujours un moyen. En d’autres termes, la morale doit toujours traiter des moyens.
Évidemment, il faut un but, des valeurs poursuivies — pour donner un sens aux actions-moyens — mais contrairement à ce que considère un conséquentialiste, le but seul n’est pas suffisant, il faut une norme permettant de discriminer les actions conformes à ce but et les actions qui ne le sont pas. Il faut un critère pour identifier les vertus.
Pourquoi faut-il un critère ? Pourquoi nos actions ont-elles besoin d’être guidées d’après une certaine norme ? Parce que l’homme n’a pas de connaissance automatique de ce qui est bon pour lui, pour sa vie. Contrairement aux animaux par exemple, il ne survit pas par ses sensations ou perceptions seules, ni par un quelconque « instinct », mais par sa pensée. De plus il n’est pas non plus omniscient, il ne connaît pas à l’avance toutes les conséquences de ses actions. C’est pourquoi il doit déterminer rationnellement ses valeurs (c-a-d ce qui est bon pour lui et en fonction de quoi il agit) et ses vertus (c-a-d les actions par lesquels il va acquérir ou conserver ses valeurs). Dit autrement, c’est la raison pour laquelle il a besoin d’un code moral. Il a besoin de principes.
Ainsi, on identifie une norme de valeurs qui s’accorde avec le but de celles-ci comme une relation de cause à effet. D’après l’éthique Objectiviste, la norme des valeurs — donc de la morale — est la vie, et le but est le bonheur. En d’autres termes, une morale de la vie (cause) provoquera le bonheur (conséquence). Mais Ayn Rand avertit dans le premier chapitre de The Virtue of Selfishness qu’il faut faire attention à ne pas confondre la norme et le but (j’ai souligné certaines parties) :
Le maintien de la vie et la recherche du bonheur ne sont pas deux questions distinctes. Considérer sa propre vie comme sa valeur ultime, et son propre bonheur comme son objectif suprême sont deux aspects du même accomplissement. Existentiellement, l’activité consistant à poursuivre des objectifs rationnels est l’activité de maintenir sa vie ; psychologiquement, son résultat, sa récompense et sa concomitance est un état émotionnel de bonheur.
(…)
Mais la relation de cause à effet ne peut être inversée. C’est seulement en acceptant la « vie humaine » comme première et en poursuivant les valeurs rationnelles qu’elle requiert, que l’on peut atteindre le bonheur — et non en prenant le « bonheur » comme un fait premier irréductible indéfini, puis en essayant de vivre en étant guidé par le bonheur. Si vous accomplissez ce qui est bon selon une norme de valeur rationnelle, cela vous rendra nécessairement heureux ; mais ce qui vous rend heureux, selon une norme émotionnelle indéfinie, n’est pas nécessairement bon. Prendre « tout ce qui me rend heureux » en tant que guide d’action veut dire : n’être guidé par rien d’autre que par les caprices émotionnels. Les émotions ne sont pas des outils cognitifs ; être guidé par des caprices — par des désirs dont on ignore la source, la nature et le sens — c’est devenir un robot aveugle, mû par des démons inconnaissables (par ses évasions viciées), un robot frappant sa cervelle stagnante contre les murs d’une réalité qu’il refuse de voir.
Si vous connaissez la théorie Objectiviste des émotions, on peut tout à fait voir la relation entre morale et bonheur exactement comme la relation entre idées et émotions. Ayn Rand dit souvent : « Les émotions ne sont pas des outils cognitifs. » parce que les émotions sont la conséquences des idées, et non un fait premier irréductible. Pour la même raison, on peut dire, en un sens : « Le bonheur n’est pas un outil de moralité ». Ou plus généralement : « La conséquence n’est pas un outil de moralité ». Toujours dans The Virtue of Selfishness :
Voilà l’erreur inhérente à l’hédonisme, l’erreur de toutes les variantes de l’hédonisme éthique, variantes personnelle ou sociale, individuelle ou collective. Le « bonheur » peut légitimement être le but de l’éthique, mais pas la norme. Le rôle de l’éthique est de définir le code de valeurs qui convient à l’homme et de lui donner ainsi les moyens de parvenir au bonheur. Déclarer, comme le font les hédonistes éthiques, qu’« une valeur légitime est tout ce qui vous procure du plaisir », c’est déclarer qu’une « une valeur légitime est tout ce qu’il se trouve que vous valorisez » — ce qui est un acte d’abdication intellectuelle et philosophique, un acte qui proclame simplement la futilité de l’éthique et invite tous les hommes à jouer sauvagement avec.
En effet, affirmer que les conséquences seules sont la norme morale est une contradiction, cela revient à dire : « la morale est inutile » ou « la morale ne sert pas à guider l’action » ou « l’homme n’a pas besoin de guide d’action ». Dire, comme le prétendent les conséquentialistes, que l’action elle-même n’a aucun caractère moral, revient à dire que la vertu n’existe pas. Il n’y a pas de code moral, pas de principes moraux, seulement un but. Toute action est amorale en elle-même ; ou bien on ne pourrait la juger moralement qu’après coup, en constatant les conséquences. Rien n’exclut en principe d’assassiner, de torturer de piller, pourvu que les conséquences soient celles que l’on considère comme bonnes.

La morale conséquentialiste moderne la plus connue, l’utilitarisme, dit en substance la chose suivante : « Quel est le but de la morale ? Le bonheur. » (On est d’accord.) Mais ensuite immédiatement : « Donc, tout ce qui a comme conséquence de produire un maximum de bonheur est bon. Le bonheur est le bien. » Or ce n’est pas le bonheur qui est moral en soi. Le bonheur est le résultat d’une morale appropriée. En d’autres termes, le bonheur n’est pas le bien, le bonheur est une conséquence du bien. Voilà un exemple de confusion entre norme et but. (De la même manière, le plaisir n’est pas le beau mais est une conséquence du beau.)
Dans l’un des ses journaux personnels, Ayn Rand écrit :
L’émotionnaliste identifie les valeurs ainsi : « Ce qui me rend heureux est bien. »
L’homme rationnel identifie les valeurs ainsi : « Ce qui est bien va me rendre heureux. »
En soi, avoir un but — le bonheur — est évidemment nécessaire, mais insuffisant à établir un guide d’action rationnel. Comment déterminez-vous ce qui vous rendra heureux, à long terme ? Par l’émotion du moment ? Par des principes ? Le code moral sert précisément à identifier par quels moyens aboutir à ce but. La vie est la valeur ultime — dont toutes les autres valeurs découlent — parce qu’elle est la condition du bonheur. Sans vie, il n’y a pas de bonheur. La vie n’est pas une action mais la norme qui permet de juger de la moralité d’une action, autrement dit de son caractère vertueux ou non.
Une dernière citation de l’ouvrage éthique d’Ayn Rand :
Le bonheur est cet état de conscience qui découle de l’accomplissement des valeurs d’un individu.
Voilà pourquoi, en bref, l’éthique Objectiviste n’est pas conséquentialiste : Le conséquentialisme confond les conséquences de la morale avec la morale elle-même.
En dehors des morales déontologiques et conséquentialistes, il existe une troisième catégorie apparue assez récemment dans l’histoire de la philosophie (bien qu’elle s’inspire d’Aristote) qui s’appelle « Éthique de la vertu ». L’éthique Objectiviste appartient-elle à cette catégorie ? La réponse dans un autre article.

Le maintien de la vie et la recherche du bonheur ne sont pas deux questions distinctes. Considérer sa propre vie comme sa valeur ultime, et son propre bonheur comme son objectif suprême sont deux aspects du même accomplissement. Existentiellement, l’activité consistant à poursuivre des objectifs rationnels est l’activité de maintenir sa vie ; psychologiquement, son résultat, sa récompense et sa concomitance est un état émotionnel de bonheur.
Gio,
Si le bonheur (ou, pour éviter tout malentendu hédoniste, « mener une vie heureuse ») est la conséquence nécessaire d’un certain comportement, ça signifie quand même qu’on peut observer cet état et en induire quels (règles de) comportements l’ont rendus possibles. Peut-être que le bonheur n’est pas une norme morale (plutôt sa finalité) mais la relation entre les deux me semble circulaire: j’admets d’être moral pour être heureux parce que je constate c’est le moyen adéquat ; mais à partir du moment où je le sais, je peux aussi déterminer si une règle est bonne (ou non) en fonction de ses conséquences pour la recherche du bonheur de l’agent. Et ce n’est pas arbitraire de faire du bonheur un critérium d’évaluation parce que l’adéquation des moyens aux fins est un fait immanent (« metaphysically given » comme diraient certains).
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Johnathan R. Razorback,
Les éléments de réponses à ton commentaire sont dans l’article (en fait ils sont même dans The Objectivist Ethics d’Ayn Rand), ma réponse ne fera donc, en fin de compte, que reformuler, répéter ou peut-être préciser ce qui est écrit plus haut.
D’abord, je voudrais préalablement préciser (cela ne réfute pas ce que tu dis, mais c’est une précision contextuelle importante) que ton approche va à l’encontre de l’Objectivisme dans ce qu’il a de plus fondamental, à savoir son épistémologie. Car tu sollicites une approche empiriste, or je ne pourrais pas développer ici la critique Objectiviste de l’empirisme, mais l’Objectivisme est totalement opposée à une telle approche, donc je te renvoie à l’épistémologie Objectiviste et aux critiques Objectivistes de l’empirisme, par exemple dans Understanding Objectivism, qui existe en livre, mais aussi sous forme d’une série de conférence sur le site du Ayn Rand Institute. (Dans le livre c’est les parties 8-9 et dans les conférences sur le site du ARI, les parties 9–10.) Ou dans le cours Unity in Epistemology and Ethics (qui pourrait être intéressant pour toi également à d’autres égards), en particulier la partie « How to Unite History and Philosophy« .
L’un des problème cruciaux de l’empirisme est notamment son défaut d’intégration (et donc la suppression du contexte cognitif), et c’est un défaut que j’ai remarqué dans ton approche à maintes reprises. Puisque intégrer c’est connecter des ensembles d’observations, que ces connections ne sont pas perçues sensoriellement, et que l’empirisme exclut tout ce qui n’est pas directement sensoriel, il empêche d’intégrer (et donc de hiérarchiser les connaissances notamment, de distinguer l’essentiel et le dérivatif, et par ailleurs de comprendre des relations causales abstraites). Dans l’Antiquité, bien avant qu’Auguste Comte, avec sa forme d’empirisme appelé « positivisme » explique que l’on ne pouvait qu’observer mais jamais répondre à la question « pourquoi », il y avait des médecins empiristes qui se contentaient d’observer les symptômes et de décider comment les traiter par essais / erreurs sans comprendre la structure causale sous-jacente. L’empirisme empêche de penser en termes de principes (abstraits) et ma réponse ne peut être qu’en termes de principes (Là encore, Understanding Objectivism serait bien utile, ainsi que The Art of Thinking notamment les parties : 3) « Thinking in Essentials » et 5) « Thinking In Principles« ).
Je pense qu’il ne sert pas à grand chose d’aborder un point avancé de l’Objectivisme concernant l’éthique en s’appuyant sur des fondamentaux contraires. C’est un peu comme chercher à savoir si cette philosophie est conforme à la Bible ou non. Il faut déjà examiner les fondamentaux, sans quoi tout ce qui en découle est vain. Mais je vais quand même tenter de te répondre, sachant qu’il faudrait peut-être examiner tes prémisses épistémologiques pour accepter ma réponse, car je vais présupposer l’épistémologie Objectiviste dans ce qui suit, qui n’est pas empiriste.
Il me semble qu’il y a deux confusions ou équivoques dans ton message. La première, c’est lorsque tu dis « faire du bonheur un critérium d’évaluation ». Dans le contexte de la médecine par exemple, la santé est un « critère d’évaluation » d’un médicament, puisque la santé est le but de la médecine. Mais la santé n’est pas la norme du médicament (une norme est une caractéristique) : cela ne voudrait rien dire, en soi cela ne nous dirait pas comment faire un bon médicament. Pour savoir comment faire un bon médicament, il faut pouvoir identifier rationnellement une relation de cause (norme) à effet (santé), autrement dit des principes. Je vais revenir sur ces notions. On peut donc dire effectivement qu’en un sens, si l’on veut, le bonheur est le « critère d’évaluation » d’un code moral (Déjà constitué. Constitué comment ? Selon quelle norme ?), mais il ne constitue pas une norme, laquelle a pour fonction de discriminer les actions morales et immorales (et de constituer ainsi un code moral).
La deuxième confusion/équivoque (et là tu vas peut-être me dire que j’interprètes mal ton propos car j’ai bien noté que tu voulais éviter le malentendu hédoniste, mais à la rigueur peu importe : cela servira quand même l’explication pour tout lecteur potentiel de ces commentaires, et c’est un point important de l’explication dans tous les cas) qui est typique d’un problème de désintégration, c’est de mettre sur le même plan un état émotionnel à l’échelle d’un moment (un instant isolé, désintégré) et un état continu qui se situe à l’échelle d’une vie et de tous les aspects existentiels d’une personne. Lors d’échanges privés j’avais insisté sur le fait que le bonheur n’était pas une addition de joies momentanées. Le bonheur est un état qui intègre l’ensemble des aspects de l’existence d’une personne ; ce qui ne veut évidemment pas dire un état d’euphorie permanent. Cette notion du bonheur, étant nécessairement appréhendée de façon plus conceptuelle, ne se situe pas au même niveau d’abstraction qu’un état de joie direct et momentané, et est moins directement perceptible. Or l’empirisme n’arrive pas vraiment à relier à la réalité ce qui est trop conceptuel, et donc nie son existence. L’empirisme a un problème avec tout ce qui ne relève pas de la perception directe et immédiate et tout ce qui est un peu trop abstrait. (Où, cognitivement, il ne faut plus seulement se servir de ses sens, mais de son esprit. C’est la hiérarchie de la connaissance avec les concepts de premier niveau et les concepts de niveaux supérieurs… je te renvoie à l’épistémologie Objectiviste.)
[Le paragraphe qui suit est une partie d’un email que je ne t’avais jamais envoyé au sujet du matérialisme, mais qui est encore pertinent dans ce contexte.] Ce serait comme quelqu’un qui serait tellement près d’un éléphant qu’il verrait la couleur grise, il verrait les poils, il verrait la texture, il verrait de l’ivoire… mais manquant de recul (et donc incapable d’intégrer les éléments), il ne verrait pas l’éléphant à côté duquel il se trouve et nierait sa présence puisqu’il ne le voit pas. Ou encore comme si tu te baladais dans une ville, et que tu voyais des rues, des habitations, des trottoirs, des gens, mais que tu te demandais : « Où est cette chose dont vous me parlez et que vous appelez ‘ville’ ? Montrez la moi ! » Ou comme — pour reprendre un célèbre exemple de Gilbert Ryle — une personne en visite dans une université qui, ayant fait le tour de tous les bâtiments (la bibliothèque, l’administration, les salles de cours etc.) dirait : « Je vois tous ces bâtiments, mais où se trouve l’université ? » — Ou comme le positiviste dont je parlais dans mon article sur le droit naturel : « Je peux percevoir des lois, des institutions, des magistrats, des procès, des tribunaux, des verdicts, mais je ne peux pas directement observer ‘la Justice’ en tant que telle. Donc la Justice n’existe pas, c’est un mythe subjectif, puisque ce n’est pas quelque chose que je peux voir directement. » Ou comme Diogène qui se balade avec sa lanterne et qui « cherche un Homme »…
Maintenant admettons que tu reconnaisses cette notion du bonheur. Eh bien ce n’est pas en ayant vécu une vie entière et en se rendant compte à la fin de sa vie que l’on a mené une vie heureuse, réalisant que (par le plus grand des hasards donc) l’on a mené une vie morale, que l’on va alors en tirer un guide pour sa propre vie… sur son lit de mort.
Ou, si l’on se rend compte au contraire que l’on a été malheureux, cela fait une belle jambe de savoir que l’on a été immoral : c’est trop tard. Car : à quoi sert la morale ? Pas seulement à juger des actions après coup. Comme le montre Ayn Rand dans The Objectivist Ethics, la morale sert à guider l’action. L’homme est né tabula rasa, il n’est ni omniscient, ni infaillible, il a donc besoin de principes pour le guider. D’apprendre les bons principes. (Les principes servent à identifier une relation de cause à effet de long terme et la norme sert à identifier les principes.)
Un principe est une abstraction, or là encore, le problème de l’empirisme est qu’il nie la validité des abstractions. Voilà pourquoi l’épistémologie passe avant tout. Il serait donc également utile de comprendre pourquoi, selon l’Objectivisme, les questions morales doivent être réglées selon des principes (car beaucoup de choses dépendent de cela, notamment la philosophie politique), et c’est aussi un point abordé dans Understanding Objectivism. (Chapitre 3 et 4 dans le livre ; partie 4 et 5 dans la conférence.) Il y a aussi une partie sur la vie en tant que norme de valeur (Chapitre 2 dans le livre ; partie 2 dans la conférence).
Tu pourrais me répondre qu’il faut se baser sur la vie des autres et voir comment ceux qui ont mené une vie heureuse y sont parvenus. Tu n’aurais pas forcément tort, mais : 1° difficile de savoir si une personne était vraiment heureuse, même si elle en avait l’air ou qu’elle déclarait l’être ; 2° on ne sait jamais vraiment tout de la biographie d’un individu ; 3° chaque individu vit sa propre vie et ne trouve pas le bonheur de la même manière dans la même chose (cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de principes abstraits universels) ; 4° et surtout : cela ne change pas le fait que ce que l’on recherche par une telle observation, c’est toujours une norme d’action (une cause) qui a rendu cette conséquence possible. Et il faut distinguer la cause et la conséquence, et ne pas les confondre. Prendre le bonheur comme norme, c’est prendre la conséquence pour une cause. La relation entre cause et effet n’est pas « circulaire », comme tu dis.
Retour sur la théorie Objectiviste des émotions : Un état émotionnel de joie momentané découle de nos idées. Or si nos idées modulent nos émotions, elles ne modulent pas la nature humaine, elles ne modulent pas le fait que l’homme ne peut être heureux de n’importe quelle manière (c’est le fait métaphysique de la nature humaine qui détermine cela, pas nos idées). Une norme morale est ce qui va caractériser (de façon directe ou indirecte) le principe d’action d’un moment donné. Donc dans les faits, prendre le bonheur en tant que norme veut dire prendre un état émotionnel de joie temporaire comme étant le critère de ce qui est bon. Cette joie temporaire dépend de nos idées, mais pas la nature humaine. Ainsi, au bout du compte, on ne sera pas plus heureux qu’un drogué ou alcoolique qui croit trouver son bonheur dans une accumulation d’euphories momentanées qui ne sont qu’un moyen de fuir la réalité. Et exactement comme pour le drogué ou l’alcoolique, il s’agit là d’une approche qui s’appuie sur la primauté de la conscience, et non la primauté de l’existence, dans le sens où l’on croit que l’homme peut être heureux de n’importe quelle manière, en fonction de nos idées, autrement dit que des états de conscience ont la primauté sur le fait métaphysique de la nature humaine.
Disons la même chose autrement. La joie est une émotion, et les émotions ne sont pas des faits premiers irréductibles. Comme les émotions proviennent des idées, il faut chercher la cause d’une émotion. Dans le cas d’un état de joie momentané, il faut essayer de savoir et comprendre ce qui cause cet état de joie momentané. Or si l’on s’aperçoit que ce qui cause cet état repose sur des contradictions, des négations de la réalité, bref, une forme ou une autre d’irrationalité, tôt ou tard (si ce n’est pas déjà le cas), cela mènera à la destruction, physique ou mentale, de la personne en question, et donc à une souffrance chronique. (De même qu’il y a des produits qui peuvent soulager temporairement une douleur physique mais qui sont destructeurs pour la santé à long terme. Et il faut bien comprendre que le bonheur pris comme norme morale, cela ne peut que vouloir dire, dans les faits, se baser sur un état émotionnel temporaire, puisqu’une norme morale guide l’action sur le moment.)
L’éthique Objectiviste est causale. Schématiquement : Cause = valeurs objectives ; effet = bonheur. Ton commentaire revient à dire que l’on peut indifféremment choisir la cause ou l’effet comme norme. Si je peux prévoir l’effet par la cause, dis-tu, alors je ne peux pas me tromper sur la cause en partant de l’effet, ça marche dans les deux sens, c’est « circulaire » comme tu dis (Ai-je bien compris ?). C’est un raisonnement spécieux. Dans le contexte du bonheur comme état de joie momentané pris comme norme (le seul possible si on prend le bonheur comme norme morale), c’est comme si tu disais : « Boire beaucoup d’alcool fait vomir, donc ça marche dans les deux sens : si je vois quelqu’un vomir c’est nécessairement qu’il a bu beaucoup d’alcool. » Exemple typique de non sequitur.
Le bonheur est un effet, une conséquence recherchée (le but). Ce qu’on recherche c’est le vrai bonheur, à long terme, à l’échelle d’une vie et pas seulement une joie momentanée. Or pour pouvoir prévoir à l’avance un effet, il faut identifier la cause. C’est en agissant au niveau de la cause que l’on provoque un certain effet. (C’est pour cela que l’on a besoin de principes éthiques. Les principes c’est la cause, et il faut savoir leur norme.) Partir d’un effet dont on ne comprend pas la cause ne mène nulle part. Cela revient à dire : « Je prend le bonheur comme norme pour me mener au bonheur. » (sans savoir en fait ce qui pourrait vraiment te rendre heureux), c’est vide et stérile. Cela revient à agir de façon totalement arbitraire et capricieuse et cela ne peut mener qu’à la destruction. Par ailleurs, si l’on prend l’état de joie momentané, on s’apercevra qu’il y a des actions qui ne nous affectent pas sur ce plan là, et qui peuvent néanmoins être morales/immorales (si l’on se base sur des principes abstraits dont on peut démontrer la validité). Ce qui veut dire que cela ne nous affecte en aucune façon à aucun moment précis, mais qu’en revanche, à l’échelle d’une vie, cela contribue — en tant qu’effet/conséquence — à notre bonheur/malheur.
J’insiste sur le fait que prendre un état émotionnel (quel qu’il soit) comme norme morale, autrement dit comme guide d’action, revient inévitablement à agir par caprice. Et dans le cas du bonheur, cela revient nécessairement à une forme d’hédonisme. Et bien sûr, cela implique la subjectivité des valeurs. Et cela met aussi les gens à la merci du premier démagogue venu. (Soit dit en passant, c’est en définitive l’anéantissement intégral de l’Objectivisme.)
Dans le commentaire suivant, je cite le(s) passage(s) le(s) plus pertinent(s) dans The Objectivist Ethics (c’est ma propre traduction car la traduction « officielle » laisse un peu à désirer et je cesserais probablement de la citer à l’avenir), qui est en fait la même chose que ce que je viens de dire, et que je t’invite à (re)lire avec la plus grande attention (et d’ailleurs pas seulement ces passages-ci, car tout le texte est pertinent) et surtout en essayant d’intégrer l’ensemble de cette lecture, c’est-à-dire en retenant à chaque fois ce qui a été dit avant (et même tout ce que j’ai dit aussi, ça peut aider) et en le reliant au fur et à mesure, en l’articulant logiquement, et non pas de lire seulement comme une suite d’idées isolées.
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EXTRAITS DE THE OBJECTIVIST ETHICS D’AYN RAND (1961) :
Ma traduction n’est pas non plus parfaite, c’est un premier jet pour les besoins de la réponse aux commentaires.
L’homme ne peut survivre tel un animal, en agissant à l’échelle de l’instant. La vie d’un animal consiste en une série de cycles distincts, répétés encore et encore, comme le cycle de reproduction des petits ou de stockage de nourriture pour l’hiver ; la conscience d’un animal ne peut intégrer toute la durée de sa vie ; elle ne peut l’amener que jusqu’à un certain point, ensuite l’animal doit recommencer le cycle, sans connexion avec le passé. La vie humaine est un tout continu : pour le meilleur ou pour le pire, chaque jour, année et décennie de sa vie contient la somme de tous les jours passées. Il peut modifier ses choix, il est libre de changer de cap, il est même libre, dans de nombreux cas, d’expier les conséquences de son passé — mais il n’est nullement libre de les fuir, ni de vivre sa vie impunément à l’échelle de l’instant, tel un animal, un playboy ou un voyou. Si l’on veut réussir dans sa tâche de survivre, si l’on veut que ses actions ne conduisent pas à sa propre destruction, l’homme doit choisir sa voie, ses objectifs, ses valeurs dans le contexte et les termes de sa vie entière. Aucune sensation, aucun percept, aucune envie ou « instinct » ne peut faire cela ; seul un esprit le peut.
Tel est le sens de la définition : ce qui est nécessaire à la survie de l’homme en tant qu’homme. Cela ne veut pas dire une survie momentanée ou seulement physique. Cela ne veut pas dire la survie physique momentanée d’une brute sans cervelle, attendant qu’une autre brute lui fracasse le crâne. Cela ne veut pas dire la survie physique momentanée d’un agrégat de muscles rampants prêt à accepter n’importe quels termes, à obéir à n’importe quel voyou et à renoncer à n’importe quelle valeur, pour ce que l’on appelle la « survie à tout prix », qui peut durer, ou ne pas durer, une semaine ou un an. « La survie de l’homme en tant qu’homme » désigne les termes, méthodes, conditions et objectifs nécessaires à la survie d’un être rationnel à l’échelle de toute sa vie — dans tous les aspects de l’existence où il peut faire des choix.
[…]
En termes psychologiques, la question de la survie de l’homme ne se pose pas à sa conscience en tant que question de « vie ou de mort », mais en tant que question de « bonheur ou de souffrance ». Le bonheur est l’état de vie réussi, la souffrance est le signal d’alarme de l’échec, de la mort. Tout comme le mécanisme de plaisir-douleur du corps humain est un indicateur automatique du bien-être ou de la blessure de son corps, un baromètre de son alternative fondamentale, la vie ou la mort — de même le mécanisme émotionnel de la conscience de l’homme est conçu pour exécuter la même fonction, tel un baromètre qui enregistre la même alternative au moyen de deux émotions fondamentales : la joie ou la souffrance. Les émotions sont le résultat automatique des jugements de valeur de l’homme intégrés par son subconscient ; les émotions sont des estimations de ce qui favorise les valeurs de l’homme ou de ce qui les menace, ce qui est pour ou contre lui — des calculateurs éclairs lui donnant la somme de ses pertes et profits.
Mais alors que la norme de valeur faisant fonctionner le mécanisme plaisir-douleur physique du corps humain est automatique et innée, déterminé par la nature de son corps — la norme de valeur faisant fonctionner son mécanisme émotionnel ne l’est pas. Comme l’homme n’a pas de connaissance automatique, il ne peut avoir de valeurs automatiques ; comme il n’a pas d’idées innées, il ne peut avoir de jugements de valeur innés.
L’homme est né avec un mécanisme émotionnel, tout comme il est né avec un mécanisme cognitif ; mais, à la naissance, les deux sont « tabula rasa ». C’est la faculté cognitive de l’homme, son esprit, qui détermine le contenu des deux. Le mécanisme émotionnel de l’homme est comme un ordinateur électronique que son esprit doit programmer — et la programmation est faite de valeurs que son esprit choisit.
Mais comme le fonctionnement de l’esprit humain n’est pas automatique, ses valeurs, comme toutes ses prémisses, sont le produit de sa pensée ou de ses évasions : l’homme choisit ses valeurs par un processus de pensée conscient — ou bien les accepte par défaut, par des associations subconscientes, par la foi, sur l’autorité de quelqu’un, par une forme d’osmose sociale ou d’imitation aveugle. Les émotions sont produites par les prémisses de l’homme, soutenues de façon consciente ou subconsciente, explicitement ou implicitement.
L’homme n’a pas le choix quant à sa capacité de sentir que quelque chose est bon ou mauvais pour lui, mais ce qu’il considérera comme bon ou mauvais, ce qui lui procurera de la joie ou de la souffrance, ce qu’il va aimer ou haïr, désirer ou craindre, dépend de sa norme de valeurs. S’il choisit des valeurs irrationnelles, il fait passer son mécanisme émotionnel du rôle de gardien à celui de destructeur. L’irrationnel est l’impossible ; c’est ce qui contredit les faits de la réalité ; les faits ne peuvent être altérés par un souhait, mais ils peuvent détruire celui qui souhaite. Si un homme désire et recherche des contradictions — s’il veut en même temps posséder son gâteau et le manger — il désintègre sa conscience ; il transforme sa vie intérieure en guerre civile où des forces aveugles sont engagées dans des conflits sombres, incohérents, vains, dénuées de sens (ce qui, incidemment, est l’état intérieur de la plupart des gens aujourd’hui).
Le bonheur est cet état de conscience qui découle de l’accomplissement des valeurs d’un individu. Si un homme valorise le travail productif, son bonheur est à la mesure de sa réussite au service de sa vie. Mais si un homme valorise la destruction, tel un sadique — ou la torture de soi-même, tel un masochiste — ou la vie après la mort, tel un mystique — ou les rutilements de moteur stupides, tel le conducteur d’un bolide — son prétendu bonheur est à la mesure de son succès au service de sa propre destruction. Il faut ajouter que l’état émotionnel de tous ces irrationalistes ne peut être légitimement qualifié de bonheur, ni même de plaisir : c’est un moment de soulagement de leur état d’angoisse chronique.
Ni la vie ni le bonheur ne peuvent être atteints par la poursuite de caprices irrationnels. De même que l’homme est libre de tenter de survivre par n’importe quel moyen au hasard, en tant que parasite, profiteur ou pilleur, mais n’est pas libre d’y réussir au-delà de l’échelle de l’instant — il est également libre de rechercher son bonheur dans n’importe quelle fraude irrationnelle, n’importe quel caprice, n’importe quelle illusion, n’importe quelle fuite irréfléchie de la réalité, mais n’est pas libre d’y réussir au-delà de l’échelle de l’instant, ni d’échapper aux conséquences.
Je cite un extrait du discours de Galt :
Le maintien de la vie et la recherche du bonheur ne sont pas deux questions distinctes. Considérer sa propre vie comme sa valeur ultime, et son propre bonheur comme son objectif suprême sont deux aspects du même accomplissement. Existentiellement, l’activité consistant à poursuivre des objectifs rationnels est l’activité de maintenir sa vie ; psychologiquement, son résultat, sa récompense et sa concomitance est un état émotionnel de bonheur. C’est en éprouvant le bonheur que l’on vit sa vie, à n’importe quelle heure, n’importe quelle année ou dans l’ensemble de celle-ci. Et lorsque l’on éprouve le genre de bonheur pur qui est une fin en soi — celui qui fait penser : « C’est pour cela que la vie vaut la peine d’être vécue » — ce que l’on salue et affirme en termes émotionnels est le fait métaphysique que la vie est une fin en soi.
Mais la relation de cause à effet ne peut être inversée. C’est seulement en acceptant la « vie humaine » comme étant première et en poursuivant les valeurs rationnelles qu’elle requiert, que l’on peut atteindre le bonheur — et non en prenant le « bonheur » comme une fait premier irréductible indéfini, puis en essayant de vivre en s’en servant de guide. Si vous accomplissez ce qui est bon selon une norme de valeur rationnelle, cela vous rendra nécessairement heureux ; mais ce qui vous rend heureux, selon une norme émotionnelle indéfinie, n’est pas nécessairement bon. Prendre « tout ce qui me rend heureux » en tant que guide d’action signifie : n’être guidé par rien d’autre que par les caprices émotionnels. Les émotions ne sont pas des outils de cognition ; être guidé par des caprices — par des désirs dont on ignore la source, la nature et le sens — c’est devenir un robot aveugle, mû par des démons inconnaissables (par ses évasions viciées), un robot frappant sa cervelle stagnante contre les murs d’une réalité qu’il refuse de voir.
Voilà l’erreur inhérente à l’hédonisme — de toutes les variantes de l’hédonisme éthique, personnelle ou sociale, individuelle ou collective. Le « bonheur » peut légitimement être le but de l’éthique, mais pas la norme. Le rôle de l’éthique est de définir le code de valeurs qui convient à l’homme et de lui donner ainsi les moyens de parvenir au bonheur. Déclarer, comme le font les hédonistes éthiques, qu’« une valeur légitime est tout ce qui vous procure du plaisir », c’est déclarer qu’une « une valeur légitime est tout ce qu’il se trouve que vous valorisez » — ce qui est un acte d’abdication intellectuelle et philosophique, un acte qui proclame simplement la futilité de l’éthique et invite tous les hommes à jouer sauvagement avec.
[…]
Lorsque, sans tenir compte de sa nature ou de sa cause, un « désir » est considéré comme un primat éthique et que la satisfaction de tous les désirs est considéré comme un objectif éthique (tel que « le plus grand bonheur du plus grand nombre ») — les hommes n’ont d’autres choix que de se haïr, de se craindre et de se combattre, parce que leurs désirs et leurs intérêts vont nécessairement rentrer en conflit. Si le « désir » est la norme éthique, alors le désir d’un homme de produire et le désir d’un autre homme de le voler ont une valeur éthique égale ; le désir d’un homme d’être libre et le désir d’un autre homme de l’asservir ont la même valeur éthique ; le désir d’un homme d’être aimé et admiré pour ses vertus et le désir d’un autre homme d’amour immérité et d’une admiration non acquise ont la même valeur éthique. Et si la frustration de n’importe quel désir constitue un sacrifice, alors un homme qui possède une voiture et se la fait voler est sacrifié, mais l’homme qui veut ou « aspire » à une voiture que le propriétaire refuse de lui donner l’est aussi — et ces deux « sacrifices » ont un statut éthique égal. Alors, le seul choix de l’homme est de voler ou d’être volé, de détruire ou d’être détruit, de sacrifier les autres au moindre de ses désirs ou de se sacrifier au moindre désir des autres ; et la seule alternative éthique de l’homme est d’être un sadique ou un masochiste.
[…]
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Salut Gio,
Merci pour ta réponse.
Il y a beaucoup de choses dans ce que tu me dis. Malheureusement, je n’ai pas le temps de seulement y réfléchir car je suis dans l’écriture de mon mémoire d’histoire contemporaine.
J’essayerais de te répondre quand j’en aurais lu un peu plus sur l’objectivisme.
A bientôt j’espère.
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