Juste une brève de passage : Je viens d’apprendre par hasard que La Source Vive, qui fête ses 75 ans d’existence, vient ce mois-ci d’être réédité chez Plon, (quelques mois après la réédition en poche de La Grève) avec apparemment une nouvelle couverture. Le format et le nombre de pages est identique à l’ancienne édition et il s’agit toujours de la traduction française de 1945 par Jane Fillion, une traduction extrêmement perfectible selon moi, mais qui est la seule dont nous disposons actuellement dans la langue de Molière. La dernière édition de Plon datait de 1997, il était temps pour un classique qui se vend aussi bien. Je ne connais pas les chiffres de ventes de l’édition française, mais selon les chiffres du Ayn Rand Institute de décembre 2015, on estimait que depuis sa parution, les ventes de The Fountainhead (édition anglophone uniquement) s’élevaient à environ 8 millions d’exemplaires.
La Source Vive raconte l’histoire d’Howard Roark, architecte intransigeant, et d’autres personnages liés d’une manière ou d’une au monde de l’architecture mais il ne s’agit pas d’un livre sur l’architecture, contrairement à ce que l’on pourrait penser, y compris au début du livre, mais d’un roman philosophique. C’est le premier ouvrage Objectiviste. Dans les fictions précédentes d’Ayn Rand (Nous, les vivants, Hymne…) on trouvait quelques esquisses de sa philosophie, mais La Source vive est son premier livre dont le but essentiel est d’exposer cette philosophie. Se focalisant principalement sur l’éthique, l’Objectivisme ne s’y déploie pas entièrement, on y traite pratiquement pas — ou de façon très implicite — de métaphysique, d’épistémologie ou de politique. C’est tout de même dans ce livre que débute l’exposition d’une philosophie nouvelle, qui deviendra une vision complète, intégrée et systématique de l’existence, laquelle prendra plus tard le nom d’Objectivisme.
Bonsoir, je suis intrigué de savoir comment elle répond à la question qu’est-ce que la science économique (d’après RAND) ? Qu’est-ce que « la valeur », la « rareté », le travail ou l’effort ? Pour le dire autrement, comment elle traite ce genre de question, et quel livre est le plus adapté d’elle pour ce genre de questionnement ?
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Bonsoir,
Je ne vois pas très bien le rapport entre votre question et la réédition de La Source Vive, mais je vais vous répondre.
Ayn Rand est philosophe, pas économiste. Il est important, lorsqu’on fait de la philosophie (ou lorsqu’on fait de la science), de tracer clairement la frontière entre les problématiques philosophiques et les problématiques strictement scientifiques (que ce soit l’économie, la psychologie, la physique, ou n’importe quelle autre spécialité.) Et c’est ce que fait l’Objectivisme, il ne se substitue jamais aux questions scientifiques (de même que les sciences ne peuvent pas se substituer à la philosophie). Ainsi, ce sont les économistes qui doivent répondre aux questions que vous vous posez, et Ayn Rand considérait Ludwig von Mises comme un des meilleurs économistes de son temps, donc c’est une référence possible, malgré certains désaccords philosophiques avec l’Objectivisme, en particulier dans le domaine de l’éthique (Mises était utilitariste), la relation entre faits et valeurs. Mais pour ce qui est strictement économique, il est très bon. George Reisman, qui fut à la fois élève de Mises et de Rand (je lui ai consacré un article) a fait une synthèse de la pensée de Mises et de Rand dans son livre Capitalism: A Treatise on Economics (disponible gratuitement en ligne). Sinon, Capitalism: The Unknow Ideal d’Ayn Rand peut répondre en partie à votre question. D’autre part, elle considérait le livre de Hazlitt L’économie politique en une leçon comme une excellente introduction à l’économie.
Par contre, je peux vous répondre sur la valeur, puisque c’est une notion philosophique. Une valeur est une chose pour laquelle on agit, dans le but de l’acquérir ou la conserver. Pour l’Objectivisme, la vie est la norme de toute les valeurs, puisqu’elle est la source de toutes les valeurs. Les valeurs sont objectives.
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Je vous remercie de cette réponse, je note l’auteur Riesman à mes prochaines lectures. L’écriture sur le sujet me pousse à questionner ces notions. Et j’avais trouvé l’un de vos articles intéressants sur le déroulé de l’objectivisme. Ce message est effectivement hors sujet par rapport à l’intituler strict de votre publication.(cependant, j’espère que mon intervention n’est pas mal venu.).
Quand j’évoque le terme valeur, je pense notamment à l’évaluation, l’estimation que l’on peut effectuer d’une chose ou d’un phénomène (mais en l’occurrence d’un bien ou d’un service) . Pour reprendre wikipedia : « Parler de valeur c’est « chercher ce qui vaut » et ainsi poser le problème de l’action et de son fondement légitime. Évaluer et agir sont liés.(…)
Pour commencer, je me questionnais sur la rareté. (L’un des fondements de la science économique) notamment sur une formulation de JB Say qui est « les richesses naturelles sont inépuisables » (JB Say) et il associe la gratuité à inépuisable (je pourrais citer le passage complet mais ce n’est pas le but). c’est le terme inépuisable qui irrite le regard et l’oreille. Le terme gratuité est quant à lui discutable, en ce sens que les richesses se présentent à nous sans le moindre effort de notre part. La rareté se définit comme « un état défini par le caractère non abondant des ressources, l’obtention de celles-ci nécessitant un effort » (dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Jean-Yves Capul). L’effort est finalement le terme le plus important. L’humain à la capacité à s’auto-détruire, de se suicider et de suicider son environnement. Autrement dit, ce n’est pas la logique de l’environnement (de la physique) qu’il faut regarder mais la logique humaine. Sur le plan de cette logique, ce sont bien les yeux humains qui déterminent la valeur. Ce qui revient à dire qu’inépuisable ou épuisable est une condition qui vient « restreindre », « limité » mais qui ne se révèle pas suffisante pour énoncer une vérité sur une logique humaine
D’où coup je me demande comment rendre compte d’ une « valeur humaine » objective. Comment rendre compte objectivement d’un « juste prix » par exemple ?
Cordialement
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C’est Reisman, pas Riesman.
Vous semblez confondre valeur et prix. Même en économie, ce sont deux choses distinctes. Le prix résulte de l’évaluation, mais il n’est pas équivalent. En théorie économique autrichienne (Ludwig von Mises), le prix est la confrontation de deux valeurs. Par exemple on est prêt à échanger un objet pour un euro parce que l’objet en question a plus de valeur pour l’acheteur que l’euro, tandis que pour le vendeur, l’euro a plus de valeur que l’objet.
Donc quelque chose peut être gratuit et avoir une grande valeur, ça n’est pas la même chose. Mais encore une fois ce sont des questions économiques, ce n’est pas la philosophique Objectiviste.
Selon l’Objectivisme, il n’y a pas de divorce entre d’un côté la « logique de l’environnement » et de l’autre la « logique humaine ». C’est la même chose. Les « yeux humains » ne peuvent pas altérer la réalité ou la logique. C’est pour ça que les valeurs sont objectives, parce qu’il y a une réalité objective, et des conditions objectives du maintien en vie. Sur ce point, je vous renvoie à mon article « De l’être au devrait être« .
De la même manière que n’importe quel autre prix, seulement les individus impliqués évaluent rationnellement.
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